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Travaux local commercial : qui paie entre bailleur et locataire ?

10/06/2026
Travaux local commercial : qui paie entre bailleur et locataire ?
Qui paie les travaux d'un local commercial ? Droits du bailleur et locataire, répartition légale et conseils pour éviter les conflits

Chaque année, des milliers de conflits opposent bailleurs et locataires commerciaux sur la question épineuse du financement des travaux. Cette problématique, source de tensions et parfois de litiges coûteux, nécessite une compréhension précise du cadre juridique qui a considérablement évolué depuis la loi Pinel de 2014. La répartition des charges de travaux entre propriétaire et exploitant constitue un enjeu majeur qui peut impacter durablement la relation contractuelle et la rentabilité de l'activité commerciale. Fort de son expertise dans la rénovation de locaux professionnels à Marseille, AL Rénovations vous éclaire sur vos droits et obligations respectifs. Cette connaissance approfondie vous permettra d'éviter les mauvaises surprises et de sécuriser juridiquement vos décisions avant d'engager des dépenses importantes.

  • Votre bail doit obligatoirement comporter un inventaire précis des charges (article L145-40-2) : sans cet inventaire détaillé indiquant la répartition entre bailleur et locataire, le propriétaire ne peut légalement vous facturer aucune charge ni travaux
  • Les travaux du bailleur dépassant 21 jours entraînent automatiquement une réduction du loyer proportionnelle à la durée et à la surface impactée (aucune clause ne peut supprimer ce droit)
  • L'état des lieux contradictoire vous protège : son absence présume que le local a été reçu et restitué en bon état, interdisant toute retenue sur le dépôt de garantie
  • Les clauses générales de transfert de charges sont juridiquement nulles : seules les clauses mentionnant expressément et précisément chaque type de travaux transféré sont valables

La répartition légale des travaux dans un local commercial

Le Code civil et le Code de commerce établissent des règles précises concernant la répartition des travaux entre bailleur et locataire. Cette répartition s'articule autour de trois catégories principales : les grosses réparations, les réparations locatives et les travaux d'amélioration. Comprendre cette classification est essentiel pour déterminer qui doit supporter financièrement chaque type d'intervention. Il est crucial de vérifier que votre bail comporte bien l'inventaire précis et limitatif des charges prévu par l'article L145-40-2 : sans cet inventaire détaillé indiquant la répartition entre bailleur et locataire, le propriétaire ne peut légalement facturer aucune charge ni travaux.

La date de signature de votre bail commercial constitue un élément déterminant. Les contrats conclus avant le 5 novembre 2014 offrent une plus grande liberté contractuelle, permettant parfois de transférer certaines grosses réparations au locataire. En revanche, les baux signés ou renouvelés après cette date bénéficient d'une protection renforcée du locataire, rendant certaines clauses de transfert automatiquement nulles.

Les grosses réparations : une obligation exclusive du bailleur

L'article 606 du Code civil définit précisément les grosses réparations comme "celles des gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières". Cette définition englobe tous les travaux touchant à la structure et à la solidité générale de l'immeuble. Le principe du "clos et couvert", fondamental en droit immobilier, impose au bailleur de garantir l'étanchéité et la protection du local contre les intempéries.

Depuis l'entrée en vigueur du décret du 3 novembre 2014, l'article R145-35 du Code de commerce interdit formellement de transférer ces charges au locataire pour tous les baux commerciaux conclus ou renouvelés après le 5 novembre 2014. Cette interdiction est d'ordre public, ce qui signifie que toute clause contraire dans votre bail est automatiquement réputée non écrite et donc sans valeur juridique.

Les travaux concernés incluent notamment la réfection de la toiture, le ravalement touchant à l'étanchéité, la consolidation de la charpente, la réparation des murs porteurs ou encore le remplacement des canalisations principales de l'immeuble. Par exemple, si des infiltrations d'eau nécessitent une réfection complète de la toiture de votre local commercial, ces travaux restent obligatoirement à la charge du bailleur, même si votre bail contient une clause contraire.

À noter : Si le bailleur effectue des travaux de grosses réparations durant plus de 21 jours, votre loyer est automatiquement diminué à proportion de la durée des travaux ET de la partie du local dont vous êtes privé. Aucune clause du bail ne peut supprimer ce droit, même une clause de souffrance, sauf si vous conservez l'usage total du local pendant les travaux.

Les réparations locatives : l'entretien courant à la charge du locataire

L'article 1754 du Code civil et le décret du 26 août 1987 définissent les réparations locatives ou de menu entretien qui incombent au locataire. Ces travaux correspondent à l'entretien courant nécessaire pour maintenir le local en bon état d'usage tout au long de la location.

Cette catégorie comprend les peintures intérieures, l'entretien des fermetures et serrures, les petites réparations de plomberie, le remplacement des revêtements de sol usés par l'exploitation normale, l'entretien des équipements électriques comme les prises et interrupteurs, ainsi que la maintenance des installations sanitaires. Le locataire doit assumer ces dépenses dans le cadre de son obligation générale d'entretien.

Attention toutefois : si une réparation devient nécessaire en raison de la vétusté naturelle de l'équipement ou d'un cas de force majeure, elle reste à la charge du bailleur (sauf clause expresse contraire pour la vétusté dans les baux antérieurs à 2014). Par exemple, le remplacement d'une canalisation qui fuit spontanément après vingt ans d'usage normal relève de la vétusté et incombe donc au propriétaire, non au locataire.

Les cas particuliers des travaux dans un local commercial loué

Au-delà de la répartition classique, certaines situations spécifiques méritent une attention particulière car elles génèrent fréquemment des désaccords entre les parties.

La vétusté : une notion juridique protectrice pour le locataire

La vétusté correspond à l'usure normale résultant du temps et de l'usage légitime du local commercial. L'article 1755 du Code civil précise qu'aucune réparation locative n'est à la charge du locataire quand elle n'est occasionnée que par vétusté ou force majeure. Cependant, si des dégradations sont établies, c'est au locataire de prouver qu'elles résultent de la vétusté et non d'un défaut d'entretien de sa part.

Pour transférer valablement la charge de la vétusté au locataire, le bail doit contenir une clause expresse et précise. Une formulation générale mettant "toutes les réparations" à la charge du locataire ne suffit pas. La jurisprudence applique régulièrement un abattement pour vétusté de 30% sur le montant des travaux réclamés au locataire en fin de bail, en l'absence de clause spécifique. Exception importante : le locataire doit supporter le coût des réparations locatives liées à la vétusté pour la part résultant de son propre défaut d'entretien lorsqu'une clause expresse du bail (antérieur à la loi Pinel) lui impose toutes réparations y compris celles dues à la vétusté.

Les travaux de mise aux normes imposés par l'administration

Les travaux de mise en conformité avec la réglementation administrative soulèvent des questions complexes. En principe, le bailleur doit délivrer un local conforme à sa destination contractuelle, ce qui inclut le respect des normes obligatoires. Les travaux d'accessibilité aux personnes handicapées, de sécurité incendie ou de performance énergétique lui incombent donc naturellement.

Toutefois, une clause expresse et précise peut transférer cette charge au locataire, à condition que les travaux ne constituent pas des grosses réparations. Par exemple, une clause stipulant que "les travaux imposés par une autorité administrative seront à la charge du preneur" ou "la charge de tous les travaux nécessaires pour adapter les locaux loués ou les mettre en conformité avec la réglementation existante sera exclusivement supportée par le locataire" est considérée comme suffisamment explicite par la jurisprudence. En revanche, les clauses trop générales comme "le locataire devra respecter les prescriptions administratives" ou "satisfaire aux charges de ville et de police" sont juridiquement inefficaces.

Depuis le 1er janvier 2025, il est désormais interdit de louer un local commercial classé G selon le diagnostic de performance énergétique. Cette nouvelle obligation impose des travaux d'amélioration énergétique qui, selon leur nature, peuvent relever soit du bailleur (isolation des murs, changement du système de chauffage principal), soit faire l'objet d'une négociation si une clause du bail le permet.

Exemple concret : Un restaurateur marseillais exploitant depuis 2018 un local de 150 m² apprend que la commission de sécurité exige l'installation d'un système de désenfumage et la mise aux normes de ses issues de secours, pour un coût total de 35 000 euros. Son bail, signé en 2016 après renouvellement, contient une clause stipulant que "tous travaux de mise en conformité avec la réglementation administrative seront à la charge exclusive du preneur". Cette clause étant suffisamment précise, le restaurateur devra financer ces travaux, sauf s'ils touchent à la structure du bâtiment (auquel cas ils constitueraient des grosses réparations incombant obligatoirement au bailleur).

Les travaux d'amélioration et les impenses du locataire

Lorsqu'un locataire réalise des travaux d'amélioration dans son local commercial, la question de l'indemnisation en fin de bail se pose. Le droit distingue trois catégories d'impenses :

  • Les impenses nécessaires (consolidation d'un mur menaçant, réfection d'urgence de la toiture) doivent être intégralement remboursées au locataire
  • Les impenses utiles (installation d'un système de climatisation, modernisation électrique) donnent droit au remboursement du coût ou de la plus-value, au choix du bailleur. Pour ces impenses utiles, le bailleur choisit de rembourser soit le coût initial des travaux (matériaux et main d'œuvre), soit le montant de la plus-value réellement apportée aux lieux au moment de la fin du bail (qui peut être inférieur si la valeur ajoutée s'est dépréciée). Le bailleur choisira systématiquement l'option la plus avantageuse pour lui.
  • Les impenses voluptuaires (aménagements de confort personnel) ne donnent droit à aucune indemnisation

Ces règles s'appliquent uniquement si les travaux ont été réalisés avec l'autorisation expresse du bailleur. Sans accord préalable écrit, le propriétaire peut exiger la suspension immédiate des travaux, la remise en état initial aux frais du locataire, voire résilier le bail pour manquement contractuel et condamner le locataire à payer le coût de la remise en l'état. Cette sanction s'applique même si les travaux améliorent objectivement le local.

Conseil : Spécifiez dans votre bail si l'accession des travaux interviendra "en fin de bail" (au renouvellement) ou "en fin de jouissance" (à la sortie définitive). Si l'accession intervient en fin de bail, le bailleur peut intégrer la valeur de vos travaux dans le calcul de la valeur locative et déplafonner le loyer lors du renouvellement. Cette précision peut vous éviter une augmentation substantielle et imprévue de votre loyer commercial.

Les bonnes pratiques pour sécuriser la répartition des travaux d'un local commercial

Pour éviter tout litige concernant le financement des travaux, plusieurs précautions s'imposent dès la signature du bail et tout au long de la location. Notre équipe spécialisée dans la rénovation de locaux professionnels accompagne régulièrement les entreprises marseillaises dans l'analyse technique de leurs obligations contractuelles.

La première étape consiste à vérifier minutieusement la date et les clauses de votre bail commercial. Cette analyse détermine le régime juridique applicable et vos obligations respectives. Les baux antérieurs au 5 novembre 2014 peuvent contenir des clauses de transfert aujourd'hui interdites mais restant valables pour ces contrats anciens. Méfiez-vous des clauses générales insuffisantes : les formulations comme "le preneur fera son affaire de l'entretien et de toutes réparations" ou "toutes les réparations sont à la charge du locataire" sont trop générales et juridiquement inefficaces. Seules les clauses mentionnant expressément et précisément chaque type de travaux transféré sont valables.

L'établissement d'un état des lieux contradictoire détaillé constitue une protection essentielle pour les deux parties. Ce document, obligatoire depuis septembre 2014, permet de constater précisément l'état initial du local et d'identifier les dégradations futures. En l'absence d'état des lieux d'entrée, le local est légalement présumé avoir été reçu en bon état par le locataire. En l'absence d'état des lieux de sortie, le local est présumé avoir été restitué en bon état. Ces deux présomptions profitent au locataire et imposent au bailleur la restitution intégrale du dépôt de garantie sans possibilité de retenue pour dégradations.

La négociation de clauses claires et précises évite les interprétations divergentes. Chaque type de travaux doit être expressément mentionné avec sa répartition. Une clause générale ou ambiguë sera systématiquement interprétée de manière restrictive par les tribunaux, généralement en faveur du locataire.

Le bailleur est tenu de communiquer tous les trois ans un état récapitulatif des travaux réalisés et un état prévisionnel des travaux envisagés avec leur budget. Cette obligation d'information, introduite par la loi Pinel, permet au locataire d'anticiper les dépenses futures et de vérifier la nature des travaux facturés. Le bailleur doit transmettre ces documents dans un délai strict de deux mois à compter de chaque échéance triennale. S'il ne respecte pas cette obligation, il ne pourra juridiquement pas imposer les travaux prévus au locataire, sauf s'ils présentent un caractère d'urgence avéré (risque imminent pour la sécurité ou l'intégrité structurelle).

En cas de désaccord sur la nature des travaux nécessaires, faire appel à un professionnel du bâtiment permet d'obtenir une expertise technique objective. Cette évaluation distingue clairement les grosses réparations des travaux d'entretien et identifie les éléments relevant de la vétusté.

La documentation systématique de tous les échanges avec votre cocontractant constitue une précaution indispensable. Conservez les courriers, emails, devis et factures relatifs aux travaux. En cas de manquement du bailleur à ses obligations, adressez-lui une mise en demeure par lettre recommandée avant d'engager toute procédure.

Si les travaux urgents rendent l'exploitation impossible et que le bailleur reste inactif malgré vos relances, vous pouvez invoquer l'exception d'inexécution pour suspendre le paiement du loyer. Cette mesure radicale nécessite toutefois de pouvoir prouver la gravité du manquement et l'impossibilité d'exploiter normalement votre fonds de commerce.

La répartition des travaux dans un local commercial loué représente un enjeu financier et juridique majeur qui nécessite une expertise technique approfondie. AL Rénovations, spécialiste de la rénovation tout corps d'état à Marseille, accompagne régulièrement bailleurs et locataires dans leurs projets de travaux commerciaux. Notre équipe qualifiée maîtrise parfaitement les spécificités techniques permettant de distinguer les différentes catégories de travaux et propose des solutions adaptées à chaque situation contractuelle. Que vous soyez propriétaire souhaitant valoriser votre bien ou locataire désireux d'améliorer votre outil de travail, notre expertise locale et notre approche transparente vous garantissent un accompagnement personnalisé pour tous vos travaux de rénovation dans les Bouches-du-Rhône.